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Nantes

Une CAE alimentaire en Pays de la Loire

Publié le 22 novembre 2022
délégation ligérienne à GRAP

Mi-octobre, une délégation d’acteur.ices ligérien.nes et mayennais.es partait pour un périple  lyonnais. Au programme : rencontre avec le GRAP (Groupement Régional Alimentaire de Proximité), coopérative réunissant des activités de transformation et de distribution dans l’alimentation bio-locale. Le but de ce voyage ? Fédérer autour du futur projet ligérien de CAE alimentaire et comprendre le fonctionnement de cette coopérative innovante, qui a fait ses preuves en 10 ans d’activité. Retour sur une journée  de visites apprenantes motivantes qui s’est déroulée dans la bonne humeur et a marqué une nouvelle étape dans la préfiguration du projet de CAE alimentaire.

Un voyage apprenant et collectif

Ce sont une vingtaine de personnes représentatives des parties prenantes du projet ligérien[1] qui se joignent à ce voyage  initié par l’Ouvre-Boîtes. Parmi elles, on retrouve : des CAE (Ouvre-Boîtes, CIAP), des structures de l’ESS (Ecossolies, Kiosque paysan), des acteurs de l’alimentation durable, la Chambre des métiers et Nantes métropole avec des salarié.es et une élue. La CAE mayennaise Coodem ainsi qu’une chargée de mission de Laval Agglomération font également parti du collectif, curieux.euses de découvrir le GRAP. La journée démarre à la Mairie du 1er arrondissement, en présence de Gautier Chapuis, élu à l’alimentation durable de la ville de Lyon. Elle se focalise sur la présentation détaillée du GRAP par Kévin Guillermin, son directeur général.

GRAP : une initiative inspirante de territoire

Créée en 2012 par un petit collectif d’acteur.rices de l’alimentation durable, Le GRAP est à la fois une Coopérative d’Activité et d’Emploi (CAE) et une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC), spécialisé dans la distribution et transformation de produits bio et locaux à l’échelle régionale. Avec une équipe d’appui de 25 salarié.es, le groupement héberge aujourd’hui une soixantaine d’activités autonomes : épiceries, bars, restaurants, traiteurs, mais aussi transformation artisanale (chocolat, café, bière, boulangerie, mélanges culinaires…) et activités de conseil (accompagnement de collectivités, formation d’élus et techniciens sur la résilience alimentaire).

La spécificité du GRAP est de disposer de deux types de statuts : l’activité intégrée qui recouvre l’ensemble des activités d’une CAE et l’entreprise associée, qui permet à des projets indépendants de rejoindre une dynamique collective tout en bénéficiant des services mutualisés du GRAP (comptabilité, fiscal, social et juridique, informatique…). Ce sont des structures aux statuts juridiques variés (SCIC, SCOP, SAS, SARL) desquelles GRAP devient associé minoritaire (10% minimum). Il y a cependant une volonté de transformer celles qui ne le sont pas encore en coopérative.

De nombreux services mutualisés spécifiques aux métiers hébergés viennent compléter la panoplie habituelle de l’accompagnement en CAE : logiciel de gestion des ventes,  espaces de stockage et commandes groupées. Il existe même Coolivri, un service logistique entre fournisseurs et épiceries du GRAP.

Par rapport à une CAE généraliste comme l’Ouvre-Boîtes, les entrepreneur.es du GRAP  font majoritairement partis de projets collectifs (bars, épiceries…) et l’accompagnement, comme les services supports se focalisent plutôt sur le métier (suivi de l’activité, stratégie, veille métier…).

Chaque activité hébergée par le GRAP doit être validée par le Conseil d’administration afin d’examiner la viabilité du projet, de limiter le risque financier et de s’assurer que le projet colle à la vision politique du groupement (agriculture bio, locale…).

Aujourd’hui, le GRAP n’est pas en manque d’idées pour continuer à structurer l’alimentation bio et locale. Ils aimeraient accompagner des activités de conserverie et biscuiterie en développant des synergies entre structures et ont également pour projet de créer un laboratoire culinaire mutualisé.

Après la théorie, place aux visites de lieux hébergés par le groupement : déjeuner à la Super Halle d’Oullins,  épicerie et restaurant-traiteur, où la délégation a pu échanger avec Nicolas, le coordinateur du lieu. L’après-midi s’est poursuivi avec une visite de l’épicerie La Petite Distrib puis par un temps échange entre les équipes des différentes CAE présentes, notamment sur des questions techniques et de fonctionnement.

GRAP : « un phare dans la nuit »

Le voyage fût riche et les participant.es repartent impressionné.es, comme Elise Belard, co-directrice de l’Ouvre-Boîtes « face à l’intelligence des fondateur.ices de GRAP qui ont su détourner le modèle de la CAE pour aller jusqu’à la structuration de filière ».  « C’est une entreprise solide qui a expérimenté de nombreuses choses. C’est un peu comme un phare dans la nuit pour notre projet de CAE alimentaire » s’enthousiasme Anne Royer, responsable de la fabrique à initiatives des Ecossolies.

D’autres, comme Charles Lesage, coordinateur du Kiosque Paysan, ont été saisi par la vision politique du GRAP : « ils ont une vraie vision anarchiste d’autonomisation qui montre que l’on peut s’affranchir en grande partie du soutien public ! », ce qui n’est pas le cas du projet ligérien qui se monte avec l’aide des pouvoirs publics. Cela soulève la question de l’essaimage du modèle en Pays de la Loire où la genèse du projet, autant que le contexte sont complètement différent.

S’inspirer pour mieux sauter ?

Là où GRAP a été créé par un petit nombre de personnes qui se connaissait très bien, le projet ligérien compte un grand nombre de partenaires qui commencent à peine à se connaître. De plus, le projet ligérien se construit avec un ADN très social et une volonté d’accompagner des personnes éloignées de l’emploi, ce qui n’est pas forcément le cas du GRAP qui « tente plutôt de maitriser au maximum le risque financier en hébergeant des activités déjà viables » relève Olivier Poizac, conseiller au développement des entreprises sur la partie réglementation sécurité sanitaire des aliments à la Chambre des métiers.

Une autre divergence réside dans le fait que « le GRAP ne fait pas le lien entre les épiceries et les producteurs » précise Patrick Barron, président de la CIAP qui estime que le projet ligérien ne peut se faire sans embarquer les paysan.es en amont de la chaîne.

Si toutes les réponses ne sont pas (encore) là, chacun.e mesure l’ampleur du travail à abattre, et plusieurs le compare à un marathon car « ce n’est pas un projet qu’on monte en deux coups de cuillère à pot » résume Estelle Florentin, chargée de mission création d’entreprises à Nantes Métropole. L’étude d’opportunité co-portée par les Ecossolies et l’Ouvre-Boîtes est en cours et  devrait apporter du grain à moudre pour avancer sur le projet d’ici l’année prochaine.

Il n’en reste pas moins que, pour Elise Belard, « ce qui est essentiel c’est qu’autant d’acteur.rices de terrain soient venus voir ce qui se fait au GRAP ». Les acteur.rices ligériens disposent déjà d’une première base pour mieux coopérer, faire émerger une CAE alimentaire et structurer l’alimentation bio et locale. Au travail !

 

[1] Liste des personnes ayant participé au voyage :

  • Equipe de l’Ouvre Boites : Albane Barranger, Elise Belard, Kevin Fralin, Nicolas Noblet, Marion Truchot
  • Nantes Métropole : Estelle Florentin – chargée de mission création d’entreprises-, Laurence Parc –chargée de mission ESS-, Marie Vitoux – élue à l’ESS-
  • Ecossolies : Anne Royer –Responsable Fabrique à Initiatives-, Juliette Muguet Guenot – représentante filière agriculture et alimentation, CAP 44-
  • CIAP : Patrick Barron – président de la CIAP-, Etienne Marcel –chargé de mission-
  • Kiosque Paysan : Charles le Sage – Coordinateur-
  • Acteur de l’alimentation durable : Geovanni Olivarez –micro brasseur, ex entrepreneur de l’Ouvre Boites
  • Chambre des Métiers : Olivier Poizac –référent création d’entreprises Alimentation-
  • Equipe Coodem : Marie Lancelin, Marc Pouteau
  • Laval Agglomération : Noémie Coquereau – en charge de la biodivserité et des espaces verts